
Naomi Campbell
Diamonds are a girl’s best friend », chantait Marilyn Monroe dans Les hommes préfèrent les blondes. Pourtant de l’Angola au Zimbabwe, du Venezuela au Liban, un cortège de misères et de désolations accompagne l’exploitation de la pierre la plus dure qui soit.
Le témoignage controversé du top model Naomi Campbell, lors du procès à La Haye de l’ancien président libérien Charles Taylor, incite à s’interroger sur les causes de la criminalisation du négoce des gemmes.
Défiant le temps et la raison, le diamant a toujours poussé à la démesure. La légende de pierres mythiques portées par les stars et les monarques n’a cessé de susciter les convoitises des hommes.
D’origine grecque, le mot diamant vient d’ »adamas« , qui signifie invincible. Cela n’explique cependant pas complètement pourquoi le diamant est devenu aujourd’hui le meilleur ami des seigneurs de la guerre comme des despotes corrompus du genre Taylor ou Mugabe. Au cœur de la persistance du fléau des « diamants de sang » figurent les dysfonctionnements de l’organisation complexe de la filière.
Tout d’abord, ce secteur est doublement fragmenté. La fin dans les années 1990 du monopole tyrannique de la compagnie sud-africaine De Beers sur la commercialisation des pierres brutes a favorisé les agissements d’aventuriers de haut vol. Les trafiquants traditionnels russes, israéliens ou libanais ont été rejoints par les commerçants indiens et chinois.
L’oligopole créé ensuite par les multinationales minières s’est avéré une véritable passoire. La floraison d’intermédiaires entre la mine et la bijouterie – producteurs, grossistes, tailleurs, fabricants, bijoutiers-joailliers – facilite le brouillage des pistes mafieuses. L’absence de cours officiel du diamant brut, vu la spécificité de chaque pierre, est un autre point noir.
En outre, l’univers du négoce, fondé sur la solidarité et le code d’honneur et parfois sur l’évasion fiscale, reste secret. Ce manque de transparence favorise l’éclosion de filières clandestines de gemmes, petites, anonymes, faciles à négocier et à haute valeur unitaire. Les géants miniers contrôlent les grandes mines, souterraines ou à ciel ouvert. En revanche, les petits prospecteurs armés d’un seul pic, d’un seau et d’un tamis qui se disputent le diamant alluvionnaire dans l’espoir de faire fortune alimentent la contrebande en toute impunité.
Capricieuse, la nature a pris un malin plaisir à concentrer les plus beaux diamants en Afrique. Or la faiblesse des États du continent noir, la porosité des frontières et la corruption endémique des « gemmocraties », mode de pouvoir criminogène basé sur le contrôle des diamants défini par François Misser et Olivier Vallée (Les Gemmocraties, l’économie politique du diamant africain, Desclée de Brouwer, 1997) facilitent les dérives sanglantes.
Enfin, même s’il a le mérite d’exister, le processus de Kimberley, mis en place en 2003, a montré ses limites. La convention internationale placée sous l’égide de l’ONU, visant à éliminer le commerce illégal des pierres précieuses pour le financement des conflits, est gravement défaillante (voir Le Monde du 7 août 2010).
L’opposition entre pays producteurs et consommateurs, le principe de vote à l’unanimité, l’absence d’un système de surveillance coercitif ou l’aisance à court-circuiter la certification garantissant l’origine des marchandises sapent l’efficacité de ce dispositif.
Comment mettre fin à ces trafics mis en évidence au cours des auditions du tribunal spécial pour la Sierra Leone ? Rares sont les Etats producteurs capables de contrôler la contrebande quand ils n’en sont pas eux-mêmes partie prenante. Quant aux diamantaires et joailliers, ils ferment trop souvent les yeux devant des pierres d’origine douteuse. Contrôler des fortunes qui se transportent dans une petite feuille de papier blanc pliée en quatre relève donc de la gageure.
Pourtant, la mise en place de garde-fous permettrait de réduire les flux illégaux. Comme le préconise l’ONG Global Witness, qui défend la transparence dans l’exploitation des ressources naturelles, il faut réformer d’urgence un processus de Kimberley mal adapté à l’enjeu.
L’inclusion au préambule de cette charte de la nécessité de respect des droits de l’homme ainsi que le renforcement de la surveillance des centres de taille et de polissage permettraient d’assurer un commerce des diamants plus transparent. Tel devrait être l’ordre du jour de la prochaine réunion plénière de cette organisation qui doit se tenir l’année prochaine en République démocratique du Congo.
Par ailleurs, même s’il lui manque la divisibilité qui donne à l’or son rôle monétaire, le diamant doit devenir une matière première comme une autre. Le développement des ventes sur Internet, la multiplication des fonds d’investissement spécialisés et la lutte contre le blanchiment à l’échelle planétaire devraient lui permettre de réintégrer progressivement le jeu économique classique basé sur l’offre et la demande.
Pour perdre son « éclat cruel », dont parlait Rudyard Kipling, le diamant doit connaître sa deuxième révolution, après celle des années 1860 qui a rendu les brillants plus accessibles et développé une véritable industrie. Alors seulement, le visage de l’inoubliable Marilyn Monroe remplacera celui de la sulfureuse Naomi Campbell comme symbole de la plus précieuse des pierres.
Sources : Journal Lemonde.frLes diamants de la Maison Gemperles
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Le clin d'œil de Naomi



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